Acteur plein de charme, à la carrure athlétique, Vincent Cassel a vécu sa période Mesrine en gardant la distance nécessaire. Révélé dans La Haine, de Mathieu Kassovitz, il a prouvé qu'il pouvait porter sur ses larges épaules ce rôle de grande envergure, avec une toute nouvelle maturité.
Comment avez-vous abordé ce rôle et sa démesure ?
VINCENT CASSEL. Je me suis dit que j'avais de la chance. Un personnage de cette dimension, c'est le rêve pour un acteur. D'ailleurs, la dernière fois que je suis allé à Vitry-sur-Seine, j'ai rencontré des jeunes qui m'ont dit : « Toi, t'as fait Mesrine ! » C'est comme si j'avais décroché la dernière paire de Jordan (rire).
A qui avez-vous pensé vous adresser avec ce film ?
D'abord, à la jeunesse. Mais on peut trouver plusieurs grilles de lecture et c'est aussi un film sérieux, même si Mesrine est un cheval de bataille favori des jeunes rappeurs.
Comment expliquez-vous que ce personnage suscite encore tellement de passion ?
C'est un marginal qui refuse de se laisser enfermer. Les gens s'associent sans s'identifier totalement.
Quelles ont été pour vous les scènes les plus dures à tourner pendant ces neuf mois consacrés à Mesrine ?
Paradoxalement, pas les scènes les plus physiques, comme celles de l'enfermement et des prisons canadiennes particulièrement sévères. Tout ça reste pour moi très technique. Je me prépare d'une manière organique sans trop me poser de questions. J'ai dit à l'équipe : « Ecoutez, moi, je veux bien me faire maltraiter et taper dessus. Mais il faut que ça aille vite. » Alors ils ont tenu parole. Ça s'est bouclé en une journée.
Comment avez-vous réussi à rester calme pour arriver à prendre du poids, vous que l'on connaît danseur de capoeira (art martial afro-brésilien) notamment ?
D'une nature maigre, je savais en effet que j'aurais du mal à grossir. J'ai demandé à Richet de me faire jouer la fin au début. J'ai bien mangé, et dormi, avant d'attaquer la fin de la vie Mesrine, celle où il sort d'une période d'isolement.
Avez-vous rencontré une quelconque appréhension à vous glisser dans la peau d'un héros ?
Je me suis entraîné comme si j'allais faire un marathon. C'est peut-être ma façon à moi de me décontracter. Et puis je pense que Mesrine n'est pas un héros. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je m'étais retiré du premier projet, parce que je trouvais que le script allait trop dans ce sens. Je ne voulais pas faire un hommage « à la gloire de... ».
Qu'est-ce qui vous a motivé dans votre travail d'acteur pour incarner Mesrine ?
Il ne fallait pas que l'on sacrifie tout un pan du personnage. Si l'on montrait son panache, sa capacité d'adaptation, son imagination et son courage, il fallait aussi montrer ses penchants racistes, misogynes, et cruels aussi.